






« Adapté du roman à succès de Louis Pergaud datant de 1912, la Guerre des Boutons reste un livre aimé de plusieurs générations. On dénombre plusieurs adaptations cinématographiques - la plus célèbre étant celle d'Yves Robert - mais contentons-nous de parler de ce film pour ce qu'il est plutôt que de le comparer avec ses aînés ou son concurrent direct qui sort à quelques jours d'intervalle.
En choisissant de replacer l'intrigue dans une France occupée de 1944, le réalisateur Barratier adopte un angle totalement nouveau: celle de la petite guerre dans la grande, soit celle des enfants dans les bois, et celle des adultes qui organisent la résistance et cachent des Juifs. Sans plomber les aspects créatifs et poétiques de la bataille des enfants comme la construction de cabane, la garde du butin de guerre, le ravitaillement, et la lecture et théorisation de stratégies guerrières à travers les manuels d'histoire antique, il lui offre au contraire plus de profondeur (les gamins jouent à la guerre pour s'évader, pour oublier les Allemands et leurs pères restés au front qui envoient des lettres - très jolie scène un peu mouillée où le Petit Gibus (Clément Godefroy) lit une missive du papa) et en même temps plus de légèreté. Les boutons éclipsent l'espace d'un été les étoiles jaunes. Dommage que la seconde partie du film verse d'avantage dans le monde des adultes et oublie un peu la Guerre des Boutons, mais elle coïncide avec la fin de l'enfance de Lebrac, cancre en chef de 14 ans et véritable héros de cette adaptation. Il y a certes de grands sentiments et de la naïveté, mais après tout, on assiste à une période de l'histoire vue à hauteur d'enfant, et on reste bien loin de la publicité kiri mâtinée de rafles miliciennes que certains craignaient.
Du côté de la maîtrise des culottes-courtes, Barratier est rompu à l'exercice depuis les Choristes, auquel il emprunte un peu à travers la présence de Jugnot, la chanson du Maréchal entonnée par la classe, et aussi le charisme du héros Lebrac (Jean Texier), langue de cancre, cicatrices de guerrier mais gueule d'ange avec une mèche blonde sur les yeux qui rappelle le Morhange des Choristes. Les enfants sont plaisants, le film aussi. Sans être révolutionnaire, cette nouvelle guerre des boutons, bien différente des autres adaptations, reste un long-métrage familial réussi et une bonne façon d'aborder le sujet de la Seconde Guerre Mondiale avec les plus jeunes.