





« C’est dans une vraie station météorologique, à l’extrême est de la Russie, qu’Alexei Popogrebsky a tourné Kak ya provel etim letom. Les ours qu’on découvre dans le film ont causé de réelles inquiétudes à l’équipe technique et l’isolement du set a posé toutes sortes de problèmes d’organisation. Ce film ne triche pas sur le lieu qu’il prétend nous montrer. Un des deux acteurs, Grigoriy Dobrygin, est lui-même originaire de cette région polaire et quasi désertée.
Les images glaciales et dépouillées créent un climat d’apocalypse, propice au développement d’une situation extrême. On est – littéralement – au bout du monde, sinon à sa fin. C’est ici que le temps occidental et resserré cède le pas au temps vaste et abstrait d’un endroit quitté par les hommes. À travers la cohabitation du vieil indigène solitaire et du jeune stagiaire moderne, deux conceptions antagonistes de l’espace et du temps se rencontrent et s’affrontent. Le mélange d’attachement et de haine violente, qui s’accentue progressivement entre les deux personnages, établit presque sans paroles une relation absolument originale, que la dernière scène, où l’acteur Sergei Puskepalis empoigne son partenaire dans un geste ambigu de rejet et d’attraction, résume et magnifie.
Cependant, au niveau scénaristique, le film ne nous donne pas les moyens de comprendre ni de sentir les raisons ou les craintes qui empêchent le jeune travailleur de transmettre à son collègue la mauvaise nouvelle reçue par radiogramme. Or, c’est sur ce silence difficile à saisir que repose la crise fondamentale du film, dont toute l'histoire découle…
Kak ya provel etim letom est en lice dans la section internationale du 60e Festival du film de Berlin. Voyez notre page spéciale Berlinale. »