






C’est un voyage pluriel et pourtant unique. Pluriel, il nous emporte dans le temps, l’espace et l’intériorité. Unique, il est celui du photographe et cinéaste Raymond Depardon. Un voyage nommé Journal de France qui prend les contours d’une déambulation en camping-car dans la campagne française, syncopée de regards vers le passé. Un passé pelliculaire qui est non seulement celui du réalisateur mais aussi le notre. Claudine Nougaret, ingénieur du son mais également épouse de Depardon, nous parle elle d’un « film d’amour à deux voix ». Un duo dans lequel l’un donne à voir, l’autre à entendre ces fragments de France panachés d’images endormies « jamais montées, jamais montrées ».
Que révèlent ces écorces sorties de la cave du réalisateur? Notre histoire et la sienne. La sienne d’abord car ces extraits sont d’autant « d’il y a eu » qui racontent son parcours au travers de l’œil d’une caméra qu’il lui faudra dompter. Notre histoire aussi par cette même caméra qu’il embarquera aux quatre coins du monde pour dire : « j’ai vu » mais aussi « regardez ! ». Ainsi cet entretien avec Françoise Claustre retenue en otage au Tchad en 1974, dont il est le seul à avoir pu en témoigner par l’image. Le Printemps de Prague qu’il volera à la sauvette en noir blanc avant d’être arrêté. Des moments terribles aussi, comme ces légionnaires au Biafra ou les fous de San Clemente. Mais aussi la capture d’instants extraordinaires, comme cette minute de silence accordée par Nelson Mandela au cinéaste-reporter. Ces lambeaux du passé, difficiles parfois, ne tombent jamais dans le mélo. Ils montrent, rappellent, réfléchissent sans jamais juger. Afin d'ancrer sa quête dans le présent, il y a le photo-portrait déambulatoire que dresse Depardon de la France actuelle, qu’il ne connaît pas si bien, confesse-t-il. A bord de son camping-car, éprit d’une errance contemplative, il s’arrête soudain, attend et enfin immortalise : le paysage, les gens, sa France.
Journal de France n’est pas une autobiographie. C’est un portrait kaléidoscopique. Des visages d’homme d’ici, de là-bas, comme autant de parcelles de mémoire. Raymond Depardon, que l’on découvre à fil de bobine reporter, photographe et cinéaste aurait eu tord de garder dans l’ombre «ce qu’on met dans un coin, des choses qu’on ne montre jamais ».