






« Raflant 3 des 4 prix attribués par la sélection de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le film J’ai tué ma mère a fait parler de lui. L’incroyable jeune âge du réalisateur (20 ans !) n’a naturellement pas entravé la marche médiatisante : le fantôme du génie rimbaldien pèse toujours sur la société. Il hante d’ailleurs très probablement l’esprit du réalisateur Xavien Dolan, qui dévoile lors de ses interviews une volubilité canadiennement remarquable. Mais critiquons sereinement, avant de trop se faire éblouir par l’incandescence du jeunisme mêlé aux éclats festivaliers, une œuvre somme toute inspirée.
D’une histoire simple et peu sinueuse se dégage une atmosphère légère qui procure un plaisir indéniable. Forme limpide, narration intelligente, plans agréables et jeu d’acteurs émouvants, la carcasse est claire, ce n’est pas là qu’il faut chercher l’originalité. Par contre, c’est dans le fond que, à mon avis, émergent des choses inhabituelles. Tout d’abord, la mise en scène d’une relation mère-fils houleuse. Un sujet qui ne frôle assurément pas le Saint-Graal, mais qui a le mérite de prendre à contre-courant l’éternelle masculinité déchue du père en voie de réhabilitation par les yeux du fils dans les films hollywoodiens. Assez pour déchirer un rapport normalement sacro-saint, bien qu’une convenue rédemption contemplative finale reste au rendez-vous. Ensuite, l’inscription d’une romance homosexuelle traverse le film sans toutefois utiliser des ressorts pathétiques faciles. Hubert et son copain Antonin vivent leur histoire d’amour simplement.
C’est donc une première œuvre réussie. Xavier Dolan utilise le cinéma pour s’épancher sur des problématiques qui l’occupent. D’où une authenticité et une fraîcheur que les aînés ont parfois du mal à préserver. Attendons maintenant que le chrysalide expérimente un peu plus, se crée une patte un peu plus subtile, et soyons prêts à accueillir un nouveau cinéaste de talent.
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