






« Premier film 3D en Compétition Officielle à Cannes, Ichimei (ou, pour la traduction française, Hara-Kiri, mort d'un samouraï) est la dernière production de l'un des réalisateurs japonais que l'on suit avec le plus d'intérêt dans le monde entier, Takashi Miike. Cinéaste qui se plaît à transcender les genres, on le sait particulièrement prolifique au vu de la cinquantaine de films réalisés en à peine 20 ans (parmi les plus célèbres, on peut citer Audition, Sukiyaki Western Django, la trilogie des Dead or Alive, Ichi the Killer, Les Affranchis de Shinjuku, Visitor Q ou encore Bird people from China).
Avec Ichimei, Miike s'attaque à un remake du grand film de Masaki Kobayashi, Hara-kiri (1962). L'histoire prend place au début de la période d'Edo (aux alentours de 1600) où un samouraï se présente à un clan en expliquant que réduit à l'état de Ronin (samouraï sans maître), il cherche un lieu honorable où se faire Hara-kiri. Mais un doute ne tarde pas à s'installer parmi les membres dirigeants du clan. Plusieurs Ronins semblent en effet utiliser ce prétexte de manière à être pris en pitié et à ce qu'on leur offre de l'argent ou un nouveau poste. Technique à la mode qui porte le nom de « Hara-kiri pantomime ». On raconte alors au samouraï l'histoire de Motome Chijiiwa qui, venu avec la même requête quelques temps plus tôt, a été démasqué et obligé de s'exécuter. Le samouraï est prévenu, pas de comédie dans ce clan-là. Mais ce récit ne freine pas ses ardeurs, toujours aussi obstiné il réclame seulement qu'on lui accorde une ultime demande: lui laisser leur conter une autre histoire, celle qui l'a mené à se présenter à eux avec ce voeu de suicide rituel...
Ce qui surprend en premier lieu à la vision de Ichimei, c'est la sobriété dont a su faire preuve Miike, plus habitué au gore manifeste et au déversement de litres d'hémoglobine. On apprécie également la retenue de la mise en scène qui prend le temps de poser et construire ses plans, la beauté de leur géométrie et des mouvements de caméra, les jeux sur les premiers et seconds plans. Et ce, le plus souvent dans le cadre d'intérieurs exigus. Ce qui est toutefois regrettable, c'est l'utilisation de cette 3D comme une option. Une production supplémentaire qui ne cherche pas exploiter les possibilités de cette technologie. Et Miike ne s'en cache pas lorsqu'il déclare de lui-même: « Ça n'a rien changé pour moi de tourner en 3D, ça n'a rien changé dans mon approche, mais ça m'a permis de frimer en disant au réalisateur du plateau voisin: "Oh! Ton film est tout plat, alors que le nôtre est tout en creux et en bosses!" ». Où est alors l'intérêt? On se le demande...
Bien qu'au fond trop académique et au scénario le plus prévisible de la Compétition cette année à Cannes, Ichimei réussit quelques moments de grâce et met en scène avec talent une actrice, Hikari Mitsushima, au charme subtil et sensible tout en étant teinté d'une profonde présence. Des adjectifs que l'on pourrait reprendre pour qualifier ce dernier film de Miike et qui pourrait presque faire oublier qu'il ne s'agit là finalement que d'un film mineur dans sa filmographie.
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