« Par quelques plans d'une grotte aux multiples crevasses obscures, le générique de début évoque manifestement la cavité utérine et les fascinants mystères de la vie. Toute recherche poétique s'arrête là. Le film suit la préparation à l'accouchement de deux femmes. On enchaîne toute sorte d'exercices ponctués de gémissements poussifs, des entretiens avec une sage-femme chamanique, et puis on accouche – à la maison bien sûr, dans une chambre terne et laide. Braquée sur le vagin, la caméra rend compte des moindres détails les plus palpitants : la petite tête rougeâtre qui s'extrait péniblement, le placenta qui se déchire dans une gerbe colorée, le corps éjecté et les humeurs blanches et rouges qui se répandent autour. On s'attarde sur le cordon ombilical bleuâtre, sur le petit visage du bébé encore difforme, et sur les bonnes et les niaises paroles de la sage-femme qui préside la cérémonie.
Et tout cela sur un mode de réalisation fictionnalisant. La caméra, douée d'ubiquité et d'invisibilité, produit des plans sales et grossiers. Elle n'hésite pas à sauter d'un champ à un contre-champ, sans que les personnages ne s'en formalisent. Se met en place une lourde codification que la fiction utilise fréquemment, et qui nécessite en général une mise en scène, c'est-à-dire une construction artificielle des interactions entre les protagonistes et leur environnement. Chaque transition de plan s'effectue alors au mépris de toute spontanéité, de toute continuité au sein du monde représenté. Le film s'écarte ainsi de l'éthique documentarisante au profit d'une esthétique téléfilmique, banale et vulgaire.
Bien sûr, la naissance est un thème des plus fondamentaux, des plus merveilleux, des plus étonnants que la pensée humaine puisse tenter d’appréhender. Mais il ne suffit pas de s’emparer d’un sujet – aussi beau soit-il – et d’en recracher bêtement une partie. Ici, le résultat est à la hauteur du traitement : une mixture triste et nauséeuse.