






« La fable du vilain petit canard d’Andersen adapté dans un film d’animation en pâte à modeler. De par la proximité thématique, on attend légitimement une certaine ressemblance entre Gadkii utenok et l’excellent Chicken Run des studios Aardman. Rien n’est pourtant plus éloigné. L’image lisse, nette, classique de celui-ci s’oppose au rendu visuel brut, baroque, exubérant de l’autre. Chicken Run est efficace, drôle, tendre, parfois poétique, Gadkii utenok est tout simplement magique, sublime. Des paysages colorés, biscornus dignes d’un Friedrich, des protagonistes splendides rayonnants de couleur emportés par la grandiose musique de Tchaïkovski : le film ne fait pas dans la dentelle, il éclate de toute part de lyrisme, de beauté, de puissance.
Parallèlement au drame de l’exclusion – exprimé avec une force remarquable – on trouve une critique acerbe des sociétés militarisées, des nationalismes – on peut cependant regretter le caractère grégariste assez poussé, bien sûr inhérent à la fable elle-même –, le tout traité avec un humour burlesque et tendre. Héritier de Starevitch, ce merveilleux conte enchante par sa simplicité, sa beauté lumineuse et son étonnante poésie. »