






« Révélé par la trilogie coup de poing Pusher, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn a ensuite réalisé Bronson et le récent Valhalla Rising (Le Guerrier silencieux) en 2010. Il avait entre-temps également tourné au pays de l'Oncle Sam, pour le film documentaire Inside Job. Il nous revient cette année avec un film proprement inattendu, Drive, qui met en scène un formidable conducteur de bagnoles, solitaire et taciturne, cascadeur sur des plateaux de cinéma le jour et participant à des braquages une fois la nuit tombée. Personnage magnétique (interprété par un très bon Ryan Gosling), à la démarche chaloupée et au look impeccable d'un héros de BD (jeans noir serrés, bottines et blouson doré avec scorpion dessiné au dos), cet as du volant va, bien malgré lui, se retrouver empêtré dans une sale combine qui le poussera à voler au secours d'une jolie jeune femme en détresse (Carey Mulligan) et à affronter la mafia locale.
Le spitch rappelle la naïveté et la simplicité d'un scénario de série B et ce n'est pas pour rien. Winding Refn joue en effet des codes du film de genre, que ce soit ceux du polar, du film d'ambiances ou du thriller. L'ensemble baigne quant à lui dans une ambiance très seventies et extrêmement stylisée. Ainsi, le film est sans cesse entrain de basculer comme un pendule entre l'hommage et le contre-pied. Ce qui le rend déroutant par endroits, tant on ne sait plus trop quand le prendre ou non au second degré. Il n'en reste pas moins que ce film propose des séquences absolument jouissives à l'aide de sa musique pop, ses atmosphères tendues et planantes, ses silences, ses purs moments formels, et ses personnages charismatiques au caractère rentré. Les mouvements de caméra sont somptueux, les cadres d'une beauté saisissante, et la mise en scène talentueuse et toute en subtilité. On frémit ainsi à la moindre mimique, au plus petit geste d'un personnage, comme on s'exalte lors de brusques basculements dans la brutalité, la vitesse et la violence.
Winding Refn signe là un film singulier, tout en contre-rythmes géniaux, avec un style ample et un sens de l'effet redoutable. Rien que pour quelques séquences inoubliables, Drive vaut le détour, et ce, malgré la manière qu'auront certains de le résumer (et le réduire du coup) trop rapidement à un Fast & Furious version film d'auteur.