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Nicolas Sarkozy ayant gagné les élections françaises, il était bien temps que Jean Becker
modifie quelque peu son style, lui dont les oeuvres estampillées "Vieille France régressive"
comme "Les enfants du marais" collaient si bien avec la personnalité et les idées de Jean-Pierre Raffarin.
C'est désormais chose faite avec "Deux jours à tuer", et son discours en deux temps.
En première partie, Becker nous montre un publicitaire père de famille (Dupontel, toujours brillant) en tentative de rupture brutale avec la société. Cette espèce de crise d'adolescence tardive mais peu constructive serait assez divertissante si on ne sentait pas poindre sa justification depuis le début de la projection. C'est bien connu: même si c'est amusant de dire ses quatre vérités à son entourage, aucun être humain ne pourrait commencer à insulter et humilier ses amis, ses collègues sa femme et même ses propres enfants sans une raison bien valable.
La deuxième partie, chef-d'oeuvre de sentimentalisme larmoyant, vous dévoilera cette
cause horrible et tragique, si vous ne l'avez pas devinée avant. Cependant, tout en tranquilisant le sens moral durement éprouvé du spectateur (le héros-martyr ne trompait même pas sa femme, soupir de soulagement dans les chaumières), cette explication décrédibilise du coup l'embryon de prise de conscience de la première partie. Chic alors, on va pouvoir continuer à se complaire dans notre attitude de beauf nouveau riche en fermant les yeux sur les problèmes de la société. Après tout, la vie est trop brève pour nous laisser aller à de douloureuses remises en question de notre mode de vie, n'est-ce pas? Voila pour le message...
Quant au style de Becker, là aussi, on sent une volonté de suivre la tendance politique nouvelle: mouvements de caméra rapides, montage nerveux, gros plans... nous avons bel et bien affaire à un cinéma de "l'action". On n'échappera pourtant pas aux plans de pêche en rivière, qui devraient permettre aux inconditionnels du cinéaste de retrouver leurs marques.
Si vous n'en faites pas partie, inutile donc de vous presser dans les salles pour découvrir ces "nouveautés"... »