






Nick Cave au scénario et à la composition, John Hillcoat à la réalisation. On avait déjà connu ça avec Ghosts... of the Civil Dead (1988) et The Proposition (2005). Amis de longue date, le tandem s’entend plutôt bien quand il s’agit de mettre en scène alcool, ambiances virils et un bout de vieille Amérique. Sur le papier, en tout cas, ça présente bien, d'autant plus lorsqu'on a le génial et fou Gary Oldman au générique, accompagné du toujours plus stupéfiant Tom Hardy (Bronson, Inception, et dans le prochain Batman).
Avec Lawless, c’est un plongeon dans le monde de la prohibition des années 30 auquel nous sommes conviés, avec trois frangins autant revêches que rebelles, les Bondurant. Ceux-ci dirigent un commerce d’alcool illégal florissant dans le comté de Franklin. Tout le monde y trouve son compte. Ne font-ils d’ailleurs pas seulement que de « répondre à la demande » comme disait Al Capone ? Seuls véritables mécontents de toute cette petite affaire lucrative : les autorités, qui ne vont dès lors pas tarder à envoyer un de leurs agents spéciaux, Charlie Rakes. L’homme a la raie au milieu, les cheveux noirs laqués au possible, des costumes trois pièces, il est méticuleux, précis, impulsif et, surtout, il n’a pas de sourcils, ce qui le rend encore plus méchant quand il apparaît à l’écran... Bref, les hargneuses autorités d’un côté, trois frères de l’autre qui pourvoient une région en un breuvage qui rend les gens gais, et enfin la police locale qui devra choisir son camp et qui pourrait, du coup, se révéler décisive dans l’issue de l’intrigue… Donc, oui, un scénario cousu de fil blanc, avec trois frangins aux caractères stéréotypés qui permettent d’identifier très vite quels seront les rapports entre eux, comment ils vont évoluer et qui risque de gagner en importance, qui sera en retrait, qui trahira et qui se prendra une balle dans le dos et en mourra, ou pas.
Bref, à moins d’aimer ces ambiances de gangsters couillus, avec revolvers, affaires illégales, fric, règlements de comptes, jolies berlines et toujours une jolie gonzesse pas loin, le film risque de décevoir. En même l’aficionados du genre risquera, pour sa part, d'avoir l’impression d’être devant un film qu’il a vu cent fois. Ce qui sauve l’intérêt que l’on peut avoir pour ce dernier-né de Hillcoat, c’est le rôle de gringalet enthousiaste que campe avec brio Shia LaBeouf, mais aussi, et surtout, la prestation tout en retenue et en charisme de Tom Hardy, qui sait mêler une superbe arrogance avec un goût assumé pour l’autodérision. En somme, un grand "oui" à la direction d’acteurs, mais pour le reste, rien de très enivrant comparé à ce que certains prédécesseurs avaient été capables de réaliser sur le même sujet: on citera, au hasard, The Untouchables (Brian de Palma, 1987), Once Upon a Time in America (Sergio Leone, 1984) ou encore Miller’s Crossing (Joel et Ethan Coen, 1990).