






« Après avoir sondé les névroses familiales avec des films comme La Vie aquatique ou La Famille Tenenbaum, Anderson nous propose là un film qui malgré ce thème récurrent ne ressemble que de bien loin aux autres. S’il s’agit d’une réalisation avec partis pris esthétiques et artistiques qui font la personnalité de son cinéma et à laquelle il reste fidèle, il surprend et désappointe par les personnages qu’il nous donne à voir. Ces derniers sont bizarrement absents, détachés, voire figés. Cette neutralité a alors comme défaut principal que l’on attend le film durant tout le film : cela ne démarre jamais véritablement. On se retrouve de la sorte pris dans une mollesse de ton où peu d’émotions passent et où la narration manque singulièrement de souffle. Le spectateur se sent ainsi très éloigné des protagonistes sur l’écran qui gesticulent dans une histoire au ralenti.
Ajouté à cela que pour le premier film d’Anderson tourné sur la terre des hindous et sa passion pour ce pays (depuis, dit-il, la vision du film Le Fleuve de Renoir), il nous reste cette impression bizarre d’un cinéma qui s’est invité en Inde plutôt que de chercher à apprivoiser et inviter l’Inde en lui. Ce n’est pas une critique, mais un constat. C’est comme si Anderson n’imaginait pas tourner The Darjeeling Limited ailleurs qu’en Inde alors qu’il aurait pu, nous semble-t-il, le réaliser partout ailleurs (du moment qu’on peut y trouver un train).
Mais le grand mystère, la grande déconvenue, réside ailleurs : on ne saisit au final pas pourquoi ce film n’est pas à la hauteur du court-métrage Hotel Chevalier qui le précède (ou qui l’amorce, c’est selon). On a là un petit bijou de mise en scène, merveilleusement gracieux et décomposé. Le temps est comme suspendu durant ces dix minutes de volupté, pour finalement retomber et ne plus jamais s’élever jusqu’à la fin la séance. Soudainement de la poésie, puis plus rien. A la grande déception du spectateur.