






« Jacqueline Veuve, en toute intimité, a posé sa caméra à Lucens, petit village ouvrier, ancien chef lieu d’une multitude de fabriques de pierres fines pour la plupart aujourd’hui abandonnées, et, à l’occasion, lieu de passage du tour de Suisse de cyclisme en 1937. A ce passé lointain et devenu quasiment inconnu ou oublié, la cinéaste suisse donne la parole aux enfants et travailleurs d’alors, qui se souviennent et se racontent avec tendresse et émotion. Aux lieux et aux visages, elle apporte une nouvelle lumière, en réinvestissant les images d’archives et les photographies d’époque pour son récit du temps passé.
Le tour de Suisse de 1937 devient alors davantage anecdotique, prétexte à un retour sur le passé et les souvenirs, à la façon des étapes du tour ponctuant les séquences et le temps, comme le passage des cyclistes devenus aujourd'hui méconnus. Jacqueline Veuve ne s’intéresse pas tant à ce tour mais, partant de ses souvenirs d’enfance, raconte l’histoire proche de son lieu de vacances en allant à la rencontre des anciens ouvriers, toujours filmés avec respect et familiarité, qui nous font part de cette époque révolue qu’ils ont vécue et façonnée. Omniprésente et emplie de sincérité, Veuve parvient à nous saisir d’une proximité rare et attachante avec son récit. Une proximité qui, non trop savoir comment, interpellent avec bienfaisance notre héritage commun et notre quotidien.
Du travail de restitution, c'est un document mémoire important et émouvant qui nous est révélé. Dépaysés par notre propre passé, celui d'une Suisse difficile et ouvrière, nous suivons cette histoire orale, humaine et vivante, aussi proche qu'elle nous paraît lointaine, et aussi présente qu'oubliée.
Plus que de reconstituer cette histoire, Veuve parvient ainsi à lui redonner une présence et à la réinvestir pour nous faire partager, avec cette oeuvre attentionnée et attachante, une véritable petite poésie des images et du temps.