






« Il arrive qu’on entre à contrecœur dans une salle de cinéma et qu’on en sorte profondément crispé. Arthur et la vengeance de Maltazard, qui fait suite à Arthur et les Minimoys – battons le fer pendant qu’il est chaud ! –, se révèle non seulement être un mauvais film, mais plus encore, révoltant.
Platitude du scénario, niaiserie des dialogues, aucune subtilité dans la transition entre les prises de vue « réelles » et l’animation, laideur de celle-ci, il n’est pas nécessaire de s’attarder sur ces aspects du film, sans intérêt. Par contre, les représentations raciales et de genres qu’offre Luc Besson doivent être mises en avant, tant elles sont rétrogrades et scandaleuses.
Ainsi, les membres de la tribu qui vit en communion avec la nature, à laquelle est lié Arthur, sont des Noirs revêtus d’accessoires ridicules, à connotation primitive, puissants sauvages aux étranges rituels dansants et chantants. A côté, une famille modèle, bien coiffée, bien habillée – bien liftée pour la grand-mère interprétée par Mia Farrow (plutôt contradictoire, soit dit en passant, dans un film qui prône le respect de la nature) –, civilisée donc. Cet antagonisme grossier culmine dans une scène où la mère lave des peintures tribales sur le visage de l’enfant après qu’il a été intronisé dans le clan sauvage…
Mais ce n’est pas tout : l’indignation vient aussi de la représentation des femmes, que ce soit dans le monde « réel » ou animé. La mère d’Arthur, en premier lieu, blonde dans une robe rose, se révèle particulièrement ridicule. Continuellement hystérique, naïve au possible, elle vomit, a peur des araignées, crie, etc., mais laisse à son mari la capacité d’agir (ce personnage est certes également présenté comme grotesque, mais évolue au fil du scénario). Dans le monde des Minimoys, les femmes sortent toutes du même moule, dicté par la norme du clip de R&B, musique présente dans la bande-son : ventre nu, poitrine généreuse, taille de guêpe, etc. – elles se trémoussent en bandes et se laissent siffler par les hommes… Même la princesse Sélénia, dont un flash-back mémorable nous présente les spirituelles activités : déjeuner léger, gymnastique, maquillage, et attente de son prince charmant (…), ne vit comme personnage qu’à travers le regard et l’attention que lui portent les hommes (Arthur et Maltazard, qui l’utilise pour parvenir à ses fins).
Au vu du succès conséquent du premier volet et du public visé, il semble nécessaire de mettre au jour le discours sous-jacent (mais trop évident) de ce film et de s’inquiéter de la façon dont ses spectateurs l’intègrent. »