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Affiche Film Amour

Amour

Poster - Film Amour
Sorti le 24 Octobre 2012 · 2h06 · Drame
Réalisé par Michael Haneke
Avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Laurent Capelluto et Rita Blanco.
« Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l'étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d'un accident. L'amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve. »

Une décrépitude dans ses détails et sa durée


Critique par Mathieu Poget – Cinema.ch

Habitué de Cannes, Haneke remet le couvert cette année, avec le concours de deux acteurs un peu disparus des écrans, Jean-Louis Trintignant, qui n’avait pas joué devant une caméra depuis 2002, et Emmanuelle Riva (actrice rare, connue mondialement pour son rôle dans Hiroshima mon amour, 1959). Le film s'intitule "Amour". On y suit la lente et longue agonie d’une femme dans un appartement bourgeois parisien avec, à son chevet, un mari aimant qui l’accompagne, marche après marche, jusqu’au bout du tunnel.

 

Mis à part quelques apparitions de la fille de ce couple (interprétée par Isabelle Huppert), c’est avec c’est deux personnages que l’on reste exclusivement, cloîtré entre le salon et la chambre, pendant 2h10. L’atmosphère y est triste, pour ne pas dire lugubre, pénible, ponctuée de quelques séquences certes captivantes qui vous prennent au cœur et aux tripes comme Haneke sait si bien les faire, mais pour le reste, c’est surtout un grand ennui qui risque d’assaillir le spectateur. La sobriété y est extrême, l’action quasi inexistante et la photographie minimaliste. Comment est-il possible d’engager quelqu’un comme Darius Khondji (chef opérateur attitré de Wong Kar-Wai, mais ayant été aussi au service de Woody Allen, Fincher, Caro&Jeunet pour ne citer qu'eux) et lui demander un travail manquant à ce point d'ambition. Sous-exploité ce cher Khondji. Le travail sur la lumière est réduit au minimum, les couleurs d'un naturel bien pâle, les cadres en majorité tous pareils et on use de plans fixes, de plans fixes et encore de plans fixes. Lassant. Fastidieux. Chagrinant quoi.

 

On sent en outre que si Haneke avait pu raconter cet interminable déclin d’un être en temps réel, il l’aurait fait. Tant il accorde une importance aux détails, au fait que l’on soit avec Trintignant, à ses côtés, dans ce quotidien funeste, où l’esprit lâche si progressivement le corps, où la dégénérescence se fait pas à pas, dans un alanguissement sans fin.

 

Après, il y a bien sûr les infos à la radio sur les présidentielles françaises, Trintignant qui essaie de barricader cette chambre, de la cacher aux yeux des autres ou qui tente de faire fuir un pigeon cherchant un peu mystérieusement à s’incruster dans l’appartement... Ainsi oui, on pourra, si l’envie nous tente, coudre autour de tout cela quelques interprétations et faire dire au film plus et au-delà de ce qu’il voudrait bien nous livrer. Cela nous semble en l’occurrence assez vain d’aller chercher à tout prix un sens politique ou métaphysique à cette histoire, qui a comme intérêt de justement tirer sa force de sa banalité, de son caractère ordinaire. Ce qui ne suffira pas pour autant à la rendre intéressante. Haneke le dit presque lui-même : « Je suis très content d’avoir fait un film simple ». Ou encore : « Si on arrive à un certain âge, on est forcément touché par la souffrance. Je ne veux rien montrer de plus, il n’y a rien derrière ». Bon, bon, Haneke deviendrait-il sénile et manquerait-il d’ambition l’âge avançant ? En tout cas, nous sommes très loin d’un regard perçant, d’une mise en scène percutante et des élans lyriques et formels auxquels il nous a tant habitué. Allez, au suivant Monsieur Haneke, vite au suivant.

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