






« Le voici enfin, le film tant attendu qui associe deux grands - énormes - noms (Spielberg à la réalisation et Jackson à la production) et un casting qui en impose: Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Nick Frost, Simon Pegg et Gad Elmaleh se bousculent en effet au générique de l'adaptation d'une aventure du petit reporter qui a marqué bien des générations: Le Secret de la Licorne.
La première critique qui est d'ores et déjà débattue consiste à savoir s'il a été bon de sacrifier la figure de proue de toute une école de bande dessinée - la Ligne Claire - pour l'animation "bâtarde" qu'est la motion capture, de plus en 3D. La réponse est oui, car le film est beau, très beau, bluffant même, lorsqu'on retrouve les mêmes personnages des planches, anodins comme la logeuse de Tintin ou les pilotes d'avion, ou plus emblématiques comme la Castafiore, mais ronds, gonflés, floutés en 3D, donnant la confortable impression d'être à mi-chemin entre le réel et la bande-dessinée de Georges Rémi. Les connaisseurs et tintinophiles ne seront pas perdus dans l'esthétique du film de Spielberg, Hergé est même présent dès l'ouverture du long-métrage, représenté sous les traits d'un artiste de rue croquant les passants. Joli et prudent clin d'oeil: tous les portraits du dessinateur sont des personnages tirés directement des albums, comme pour signifier d'emblée au spectateur que les images et l'essence graphique même de Tintin n'ont pas été oubliées, et qu'elles ont même le statut élevé d'oeuvre d'art. Les animateurs ont également superbement travaillé les décors, apportant des contributions bienvenues (voire indispensable sur grand écran) que l'on ne retrouve pas dans les décors sobres de la BD, comme le palais d'Omar Ben Salad dans sa ville de Baghar, ou même l'appartement - très sommaire dans les albums - de Tintin à la Rue du Labrador.
L'adaptation de l'album de La Licorne, ici imbriquée dans le cadre spatio-temporel du Crabe aux Pince d'Or (la première rencontre de Haddock et Tintin à bord du Karaboudjan, originellement antérieure à l'affaire de la licorne) et empruntant le dénouement du Trésor de Rackham le Rouge est par contre nettement moins réussie. L'intrigue étant poussée à un rythme très rapide qui privilégie l'action et le spectacle sur l'enquête casse-tête du reporter, elle perd en clarté. Les lecteurs des albums seront un peu désarçonnés par les repères remaniés parfois abracadabrants (des nouveaux méchants, l'apparition de la Castafiore), mais les autres suivront néanmoins certainement sans trop de problèmes, s'ils ne s'interrogent pas sur les ellipses dans certaines transitions très rapides.
On peut cependant difficilement pardonner aux scénaristes d'avoir escamoté presque tout un album pour n'en garder que le dénouement: exit le Trésor de Rackham le Rouge, en oubliant le professeur Tournesol, son requin sous-marin et l'île perdue du chevalier de Haddock, les scénaristes ont tout simplement privé les spectateurs d'une des plus jolies chasses au trésor du 9ème art, et n'en présentent que le final qui a cruellement perdu en poésie. »