






« Le nouveau film des frères Cohen laisse pour le moins perplexe. Primo, parce que si l'on n'est pas de culture juive, on risque de passer à côté de plusieurs dialogues et traits d'humour. Secondo, parce qu'on a tout du long l'impression récurrente de ne pas comprendre où en veut venir le film. Plusieurs incompréhensions qui sont finalement ponctuées par un générique qui arrive très soudainement sans que l'on comprenne, là encore, bien son intérêt. Ou du moins l'enjeu qui pourrait se cacher derrière cette soudaineté et le caractère irrésolu de cette fin qui laisse le spectateur dans son scepticisme et sa frustration. En même temps, on ne pourra pas dire que l'on avait pas été prévenu: le film s'ouvre sur une fable yiddish filmée en 4/3, avec l'esthétique d'un film de la fin des années 20 et qui s'avère, après dix minutes, sans rapport évident avec ce qui suivra.
Les frères Cohen signent ainsi leur film le plus mystérieux et certains risquent d'avoir de la peine à retrouver l'esprit d'un Fargo, The Barber ou No Country for Old Men. Le personnage principal Lars ressemble même peut-être plus un anti-héros tout droit sorti d'un film de Woody Allen: professeur de physique, il se trouve malmené dans sa vie et cherche à comprendre le pourquoi, à saisir le sens de ce qui lui arrive. Mais ni le destin, les conséquences de ses actes, la foi ou la morale ne permettent d'avoir des réponses définitives sur les choses. Une quête de réponses bien peu stimulante et confuse, mais que Ethan et Joel Cohen ont par contre réussi à inscrire dans de magnifiques décors avec cette banlieue filmée en grand angle, des cadres soignés et construits et une belle photographie. Mais malgré tout, nous pourrions dire que A serious man reste aux Cohen, ce que Inland Empire est à David Lynch: un film un brin mystique, confus, le plus réflexif peut-être de leur filmographie, mais pas le meilleur c'est certain. »