Fiche du Film - Bangkok Dangerous Par Oxide Pang ChunSynopsis :Opérant aux quatre coins du monde, un tueur professionnel solitaire se rend à Bangkok afin d'éliminer les ennemis d'un puissant mafieux thaïlandais. Cette mission en Asie du Sud-Est va toutefois déboucher sur une remise en question totale pour le tueur à gage, au cours de laquelle celui-ci va prendre sous son aile protectrice un jeune pickpoket et tomber amoureux d'une jeune femme innocente. Critique :Après la récupération de "The Ring", Hollywood poursuit ici ses acquisitions en terre asiatique, en dépoussiérant et transformant quelque peu un film thaïlandais de 2003, avec l'aide de Nicolas Cage, en tueur à gages invité dans le Bangkok des frères Pang. Car, il est important de le souligner, si l'argent et les script-doctors ici sont américains, tant l'intrigue originale que les décors, en passant par les réalisateurs, la langue et les acteurs secondaires affichent fièrement leur nationalité thaïlandaise.
Si l'on peut peut-être regretter les audaces du scénario original, qui donnait le rôle principal à un sourd-muet, la thématique principale, à savoir l'influence d'une ville sur l'âme, demeure bien mise en valeur. De plus, même si l'histoire pêche parfois par manque de crédibilité, la refonte de l'intrigue a sans doute permis d'améliorer quelque peu cet aspect, qui comme dans bon nombre de films de ce genre, n'en constitue de toute façon pas l'intérêt principal.
C'est en effet d'atmosphère et d'esthétique, très maîtrisée, dont il est question ici, et de ce point de vue, Bangkok Dangerous s'avère un film plutôt captivant. L'image toujours bleuâtre de la cité, filmée dans ses recoins les plus glauques, transmet au spectateur un sentiment curieusement mélangé de malaise et d'apaisement, l'effet exact que produit cette ville sur le tueur en série, qui se détache de plus en plus de ses certitudes au fur et à mesure que le film avance, jusqu'à renoncer à tout, à la manière d'un voeu bouddhiste. Bangkok, elle, semble vivre sous l'oeil des frères Pang une ébullition au ralenti, sous vide, comme si toute la violence et les cris qu'elle contenait se dissolvaient dans un tourbillon voué à une lente inertie. Ce paradoxe des sens que constitue la capitale de Thaïlande trouve donc ici une excellente illustration.
Les scènes d'actions, souvent d'une grande beauté plastique, savent aussi surprendre, tel cet échange de coups de feu à travers un mur de fontaines à eau, et savent garder souvent cette touche asiatique, mélange de gore et de froideur, qui intensifie leur effet. Quant au montage, qui use tant du flash-back que du flash-forward, parfois le temps d'un battement de cil telle une image subjective, il est aussi juste d'y reconnaître une certaine audace, même si son effet peut demeurer discutable.
Un film à voir donc, qui vaut plus que ce que la critique habituelle en dira, qui préférera sans doute ironiser sur la coupe de cheveux de Nicolas Cage au lieu de s'intéresser aux réelles qualités de l'oeuvre. |